Les routes nationales françaises, héritage de l’Ancien Régime et des chemins royaux et impériaux, restent un maillon essentiel du réseau routier. À l’heure de la régionalisation et des nouveaux enjeux de mobilité, elles révèlent une histoire, une organisation et une fréquentation qui façonnent au quotidien la vie et le territoire hexagonal.

Les routes nationales en France
Les routes nationales constituent, depuis plus de deux siècles, l’épine dorsale du réseau routier français. Leur existence et leur évolution incarnent le rôle clef de l’État dans la structuration de l’espace national et dans la facilitation des mobilités à toutes les échelles. À l’heure de la régionalisation et des mutations du transport, comprendre le réseau des routes nationales éclaire sur l’identité, l’organisation et l’équilibre territorial du pays.

Routes en détails
Zoom sur les routes nationales sur Voyage en France :
- La route nationale N102 en France
- La route nationale N88 en France
- Liste des routes nationales en France et Outre-Mer
Histoire des routes nationales
L’histoire des routes nationales débute formellement sous le Premier Empire avec la volonté de rationaliser la circulation des marchandises et des personnes. Le décret impérial de 1811 institue une classification des routes, dont les routes impériales, ancêtres des routes nationales modernes. Ce réseau se superpose en partie aux itinéraires postaux et aux anciennes routes royales conçues depuis l’Ancien Régime pour relier les principales cités du royaume.
La mission de la direction des Ponts et Chaussées 2 se précise alors : assurer la construction et l’entretien des routes, garantir la continuité des déplacements et développer l’économie. Les axes partent majoritairement de Paris, centre politique et administratif, rayonnant vers les grandes régions de France. L’attribution des numéros traditionnels (N1 à N20 par exemple) se fait au moment de l’amélioration des routes, chaque numéro correspondant à un grand itinéraire.
Cette classification et organisation à pour origine le 18e siècle, avec la création de l’École nationale des Ponts et Chaussées (1747) et l’instauration de la Corvée des Grands Chemins (1738). Le réseau routier voit alors son doublement entre 1770 et 1788 pour atteindre 28 000 kilomètres en France à cette date.
L’histoire des routes en France en podcast :
- Sur la route des vacances : l’histoire des réseaux routiers (8 minutes, RCF)
Avec plus d’un million de kilomètres au compteur, le réseau routier français est l’un des plus grands et étendus d’Europe. De l’époque des voies romaines, en passant par les routes militaires et les Nationales, retour sur l’histoire de nos réseaux routiers. En voiture !
Entendez-vous l’éco ? 58 minutes, RCF 3
- Au 18e siècle, l’invention d’un réseau routier
Alors que le réseau du 17e siècle était non seulement mal entretenu, mais aussi mal réparti localement, le siècle des Lumières est marqué par la mise en place d’une politique extrêmement volontariste en faveur du développement des voies routières.
Entendez-vous l’éco ? 58 minutes, Radio France 4
Extension et modernisation jusqu’au 20e siècle
Le réseau des routes nationales connaît, entre le 19e et le 20e siècle, une forte croissance, adaptée aux évolutions économiques, démographiques et industrielles, au détriment du réseau ferroviaire. Les axes majeurs, issus en partie des routes impériales 5 (n°1 à 229, de classe 1 à 3), deviennent progressivement le support du transport de fret et des voyageurs, s’adaptant, après les voitures à cheval, aux premières automobiles à moteur, puis aux autocars et camions.
Le traçage rectiligne ou courbe des routes tient compte de la géographie nationale, des chemins existants consolidés au fil des siècles et de la modernisation du réseau : traversées de plaines agricoles, passages dans les massifs (Massif Central, Alpes, Pyrénées), contournements des centres urbains.
Dans l’entre-deux-guerres, la signalétique routière se modernise. Les routes nationales sont dès lors identifiables à leur plaque à fond rouge, numéro blanc, et les bornes de séparation marquent fièrement chaque kilomètre, après les précurseurs qu’ont été les bornes Michelin 6 .
L’ère autoroutière, décentralisation et déclassement
Après la Seconde Guerre mondiale, le développement des transports, du tourisme et la croissance rapide du trafic entraîne la construction d’autoroutes, souvent parallèles aux anciennes routes nationales. La RN7, surnommée route des vacances, voit son importance céder à l’autoroute A7, tandis que la N10 perd une partie de son trafic au profit de l’A10.
Le début du 21e siècle est marqué par un vaste mouvement de décentralisation. Sous l’impulsion de la Loi de 2004 7 , une partie des routes nationales, jugées d’intérêt local ou régional, sont transférées aux départements. Cette réforme provoque la disparition d’une large partie des nationales du réseau géré par l’État : elles deviennent routes départementales, perdant le célèbre N pour adopter le D devant leur numéro.
D’abord en 1973 puis en 2006, on assiste à deux vagues importantes de transfert de gestion, justifiées par le souci d’adapter la gouvernance des infrastructures à la réalité des territoires desservis.
- Avant 1972, le réseau national était de l’ordre de 80 000 kilomètres, jusqu’à la réforme de 1972 et le déclassement massif des routes secondaires vers le département, ramenant le linéaire national à environ 40 000 km;
- Une nouvelle phase de décentralisation a eu lieu au début des années 2000 (réforme 2004-2006), aboutissant à moins de 10 500 kilomètres de routes nationales en gestion directe par l’État en 2006;
- En 2021, le linéaire officiel du réseau routier national non concédé était de 9 160 kilomètres.
- Evolution du kilométrage des routes nationales depuis 1959 : (Source INSEE, Wikipédia, Wikisara)
| Année | Kilométrage des routes nationales | Remarque principale |
|---|---|---|
| 1959 | 80 000 (avec une faible part d’autoroutes) | Apogée du réseau national |
| 1972 | ~40 000 | Réforme de 1972 : déclassement de 53 000 km de nationales |
| 1990 | ~30 500 | Nombre avant nouvelle vague de déclassement |
| 2006 | ~10 500 | Après décentralisation et transferts de voirie |
| 2021 | 9 160 | Réseau national géré par l’État, hors autoroutes concédées |

Géographie et organisation du réseau
Le réseau national subsistant aujourd’hui reste composé d’axes structurants, traversant l’ensemble de l’hexagone, des agglomérations majeures jusqu’aux frontières en passant par les espaces ruraux et littoraux.
Maillage, tracés et typologie
La logique du réseau national français favorise les grands axes radiaux et transversaux. Si l’on considère la carte de France, les historiques RN1 à RN20 partent ou aboutissent près de Paris, rayonnant en étoile. Au fil des décennies, d’autres routes nationales sont créées pour relier au mieux les régions entre elles, ou desservir des bassins industriels spécifiques.
Dans la continuité du réseau principal, des routes départementales relient des pôles plus modestes ou assurent des contournements stratégiques.
Les routes nationales se distinguent des autoroutes en ne comportant ni péage ni exigences techniques spécifiques : elles traversent centres bourgs, campagnes, villes moyennes, le plus souvent en 2×1 voies, mais parfois élargies en 2×2 voies sur des tronçons très fréquentés ou plus récents.
Cependant, les routes nationales sont en décroissance depuis le siècle dernier, progressivement déclassées au profit des routes départementales. Voici un tableau de l’évolution des kilométrages depuis 1959
Portrait géographique régional
La répartition du réseau national s’adapte au découpage régional avec des disparités marquées :
- Île-de-France
Point de départ de nombreuses routes nationales, ancien carrefour fondamental, aujourd’hui saturé et largement doublé par les autoroutes urbaines.
- Hauts-de-France et Grand-Est
La N2 relie Paris à la frontière belge, la N4 traverse la Lorraine jusqu’à Strasbourg, la N3 dessert la Champagne. Ces routes demeurent, mais nombre de leurs tronçons sont aujourd’hui déclassés et devenus départementales.
- Normandie et Bretagne
La N12 relie Paris à Brest via Rennes, la N13 rejoint Caen puis Cherbourg, participant à la structuration de l’axe ouest. - Nouvelle-Aquitaine
La N10, axe majeur, dessert Bordeaux puis la frontière espagnole (Hendaye), drainant un trafic intense, notamment poids lourds. - Occitanie
La N20 relie Toulouse à l’Andorre, la N113 dessert l’axe Narbonne-Toulouse-Bordeaux, la N145 assure une jonction est-ouest via Guéret et Montluçon. - Auvergne-Rhône-Alpes
La N7, immortalisée par la littérature et le tourisme, traverse la vallée du Rhône, la N79, Route Centre-Europe Atlantique (RCEA 8 ), relie la Bourgogne à l’Atlantique, concentrant un trafic poids lourds élevé. - Provence-Alpes-Côte d’Azur
La N7 traverse Nice jusqu’à Menton sur la Riviera, la N202 dessert les Alpes du Sud. Le réseau y est fortement imbriqué avec les autoroutes et routes départementales, mais reste essentiel pour la desserte touristique et les localités non raccordées au réseau rapide.
Routes emblématiques et grands axes
Parmi les routes nationales les plus célèbres ou structurantes, en voici quelques-unes :
- RN7 ou route nationale N7
De Paris à Menton, traversant la France du nord au sud, symbole des migrations estivales et du tourisme balnéaire.
- RN10 ou route nationale N10
De Paris à Hendaye, principal axe Paris-Espagne, important pour le transit de marchandises.
- RN20 ou route nationale N20
De Paris à Toulouse et Andorre, pour la desserte du Sud-Ouest et les échanges transfrontaliers.
- RN6 ou route nationale N6
Paris-Lyon, aujourd’hui en grande partie déclassée, anciennement route commerciale majeure.
- RN13 ou route nationale N13
Paris-Cherbourg, axe structurant de la Normandie.
- RN79 (RCEA * )
Route transversale orientée poids lourds, reliant Mâcon à Montluçon/Montauban, élément clef du fret est-ouest.

Fréquentation, usages et gestion
Les routes nationales font chaque jour l’objet d’une fréquentation variée tout au long de l’année : trajets domicile-travail, déplacements touristiques saisonniers, transits commerciaux nationaux et internationaux. Pour les quantifier, les valeurs de trafic sont souvent exprimées en trafic moyen journalier annuel (TMJA), permettant d’apprécier les flux de circulation sur des axes précis, et particulièrement pour les poids lourds.
Sur certains tronçons périurbains, le trafic peut atteindre jusqu’à 40 000 véhicules par jour. Les routes orientées fret (RN10 ou RN79 par exemple) voient une forte proportion de camions, tandis que les axes touristiques (RN7, RN13) enregistrent des épisodes de congestion en période estivale comme pendant les ponts et certains week-ends à proximité de l’été.
Entretien, sécurité et gouvernance
La gestion des routes nationales relève principalement des directions interdépartementales des routes (DIR), qui assurent entretien, modernisation, signalisation et sécurité. L’entretien routier reste un enjeu majeur pour garantir la fluidité, limiter la dégradation des chaussées, et adapter les axes aux exigences environnementales.
La sécurité routière fait l’objet de plans d’actions spécifiques : pose de radars, réaménagements, protections contre les glissements ou les inondations, adaptation de la signalétique. Les budgets et politiques varient fortement selon les régions et les priorités d’aménagement définies par l’État ou les collectivités.
Routes et aménagement du territoire
Les routes nationales s’inscrivent dans un paysage qui évolue, soumis à la pression de l’urbanisation et à la nécessité de préserver la qualité de vie autour des axes fréquentés. L’installation de contournements, de voies de délestage, ou le doublement de certains axes urbains reflètent la volonté d’adapter le réseau pour fluidifier la circulation et préserver autant que possible le quotidien des riverains.
La question du développement durable apparaît désormais dans la réflexion sur le choix des matériaux, la gestion des eaux pluviales, la limitation des impacts sonores dans les villes ou l’intégration paysagère des infrastructures existantes et nouvelles.
- La nationale 7 en vidéo et en 3 minutes
Routes nationales et société française
Les routes nationales ne se résument pas à une succession de chaussée et d’asphalte ; elles incarnent une dimension historique, patrimoniale et culturelle.
La mémoire collective leur attribue une aura particulière; par exemple, la route nationale 7 dite RN7, surnommée route des vacances est popularisée dans la littérature française, le cinéma et la chanson. Au-delà des trajets quotidiens, les routes nationales furent longtemps le théâtre des grands flux saisonniers, l’instrument de la démocratisation du voyage et du tourisme de masse avant l’avènement des autoroutes. Aujourd’hui encore, les nationales sont un choix économique mais aussi touristique pour découvrir les villes et villages de France en toute sérenité.
La diversité des itinéraires et des paysages traversés par ces axes illustre la variété géographique française : plaines céréalières du Centre, vignes de Bourgogne, bocages bretons, montagnes alpines, vallées méditerranéennes et forêts du Nord.
Dans la société contemporaine, elles restent perçues comme outils de lien et vecteurs de mobilité, supportant l’activité régionale, le commerce, la vie locale comme les grands trajets longue distance.
- Podcast : Sur la route des vacances, la mythique Nationale 7
Dans la France des « Trente Glorieuses », la Nationale 7 est une institution. Route incontournable des départs en vacances, elle relie Paris à Menton sur près de mille kilomètres. À quoi ressemblait un trajet en voiture sur la N7 ? À quel écosystème routier et économique plus vaste était-elle reliée ?
Le Cours de l’Histoire, Radio France 9
FAQ et routes nationales
- Quelle est la différence entre route nationale et autoroute ?
Les nationales sont gérées par l’État, gratuites, souvent à une voie, alors que les autoroutes sont généralement concédées à une société privée, à péage et dotées d’infrastructures avancées.
➡ En lien : Carte des concessions autoroutières en France
- Qu’est-ce qui distingue une nationale d’une départementale ?
La gestion, État pour l’une et Département pour l’autre, le symbole (N pour nationale, D pour départementale) et le rôle dans la desserte territoriale, interrégionale et locale.
- Signalétique et limitations
Les nationales se reconnaissent à leurs panneaux rouges et à la limitation principale de 80 km/h hors agglomération, variable en fonction du profil des routes (voie rapide à 110 km/h par exemple) et du contexte local (certains départements à 90 km/h).
- Où est le Point Kilomètre Zéro des routes de France ?
Il est situé sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Matérialisée par une dalle avec les quatre points cardinaux avec en son centre une rose des vents, elle symbolise le point à partir duquel sont calculées les distances routières entre Paris et les autres villes de France.

Le réseau national évolue en permanence, sous l’action combinée de la réglementation, de l’aménagement du territoire, des politiques de mobilité, et des impératifs environnementaux. L’avenir des routes nationales s’amenuise au fil des transferts de gestion vers les départements tout en conservant leur rôle structurant et patrimonial au niveau national pour les axes persistants. La régionalisation du réseau, bien qu’avancée, maintient la question du financement et de l’entretien.
Les routes nationales françaises, héritages de l’histoire et symboles de l’unité hexagonale, restent indissociables du paysage et de l’identité du pays.
Carte des nationales en France
Liste des routes nationales en France
Pour une liste exhaustive des routes nationales en France hexagonale et outre-mer, rendez-vous sur la page dédiée :

Voyage.s en lien
- Le réseau routier français, Wikipédia ↩︎
- L’École Nationale des Ponts et Chaussées, Wikipédia ↩︎
- L’invité culture, Nicolas Version, RCF ↩︎
- Podcast : l’économie prend l’autoroute ↩︎
- Liste des routes impériales en 1881, Wikipédia ↩︎
- La signalétique Michelin, Wikipédia ↩︎
- Les transferts de compétences : les routes, Jean-Marc Offner
Transfert de routes et loi 3DS, Landot avocats
LOI n° 2004-809 du 13 août 2004, Légifrance ↩︎ - Route RCEA, Wikipédia ↩︎
- Podcast : Automobile, une histoire sur les chapeaux de roues ↩︎
- Point Kilomètre Zéro, Wikipédia ↩︎
- Routes nationales de France
- Itinéraires routiers
- Autoroutes en France : tracés, tarifs, carte des péages et aires de service
- Inforoute en France par département et région
- Atlas et cartes routières
